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Programme Potenti’elles Guinée : catalyseur de l’entrepreneuriat féminin ou projet miné par la mauvaise gouvernance ?

Le Programme Potenti’elles Guinée est une initiative phare portée par l’Agence de Promotion des Investissements Privés (APIP-Guinée), avec un financement de 15 millions d’euros de l’Union européenne (UE) et de l’Agence Française de Développement (AFD). Lancé officiellement en février 2024, il cible principalement deux régions prioritaires : la Basse-Côte et la Guinée-Forestière, où les femmes entrepreneures sont particulièrement vulnérables sur le plan socio-économique.

L’ambition affichée est claire : faire de l’autonomisation économique des femmes un levier de développement inclusif et durable. À travers une combinaison de formations, de financements adaptés et de partenariats public-privé, le projet entend toucher plus de 11 000 femmes dès sa première phase.

1. Objectifs stratégiques

Le programme repose sur deux piliers :

  • Renforcement des capacités institutionnelles en matière de genre, en outillant les ministères et organismes publics pour intégrer l’égalité femmes-hommes dans leurs politiques et projets.
  • Appui direct aux entrepreneures, via un accompagnement financier, technique et organisationnel, afin de favoriser la création et la formalisation d’entreprises dirigées par des femmes.

Dans ce cadre, un cabinet spécialisé devait être recruté pour assurer le renforcement des capacités des acteurs publics et privés. Cette mission inclut l’intégration du genre dans leurs pratiques et la meilleure coordination entre les différents acteurs impliqués dans l’entrepreneuriat féminin.

2. Premiers résultats et espoirs

En moins d’un an, le programme a permis d’identifier et de sensibiliser 11 000 femmes entrepreneures. Des sessions de formation, d’alphabétisation et de renforcement de compétences ont été organisées, avec l’appui des collectivités locales et des partenaires techniques.

Ces premiers pas laissaient entrevoir une dynamique encourageante, renforcée par la volonté affichée de l’APIP-Guinée de livrer des résultats visibles dès 2024, malgré la durée totale du projet fixée à cinq ans.

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3. Rôle controversé du coordinateur : Aboubacar Sidik Camara

Toutefois, derrière cette vitrine prometteuse, le nom d’Aboubacar Sidik Camara, coordinateur du projet Potenti’elles Guinée, est au cœur de vives controverses.
Selon plusieurs enquêtes indépendantes, son rôle est associé à des pratiques de corruption dans les appels d’offres liés au projet.

Des accusations font état de favoritisme dans le recrutement du cabinet chargé du renforcement des capacités des acteurs publics-privés. Les procédures auraient manqué de transparence, créant un climat de suspicion et de défiance autour du projet.

Ces dysfonctionnements ne sont pas anodins : le recrutement d’un tel cabinet est central pour assurer la cohérence et l’efficacité du programme. En cas de dérives, c’est toute la stratégie de coordination des parties prenantes — administrations, institutions financières, associations féminines, et entreprises — qui risque d’être compromise.

4. Enjeux structurels et socio-économiques

Malgré les controverses, les enjeux restent considérables. En Guinée :

  • Les femmes représentent 58 % de la main-d’œuvre dans le secteur informel.
  • Elles ne dirigent que 17 % des entreprises formelles, un déséquilibre que le programme entend corriger.

L’autonomisation des femmes est non seulement une question d’égalité, mais aussi un levier économique puissant : des entreprises féminines mieux soutenues contribuent à la croissance nationale, à la réduction de la pauvreté et à la création d’emplois durables.

5. Les critiques majeures : corruption et mauvaise gouvernance

Plusieurs rapports et articles de presse évoquent des détournements de fonds, des attributions opaques et des blocages administratifs orchestrés au sein du programme. Les accusations contre Aboubacar Sidik Camara et l’APIP-Guinée ternissent l’image d’un projet pourtant vital pour l’avenir des femmes guinéennes.

Les principales critiques portent sur :

  1. Corruption dans les appels d’offres, notamment pour le choix du cabinet chargé de la formation et de la coordination.
  2. Favoritisme et clientélisme dans l’attribution des financements, au détriment des véritables entrepreneures.
  3. Manque de suivi et d’audits indépendants, laissant la porte ouverte aux abus.

Ces dérives menacent la pérennité du programme et sapent la confiance des bailleurs internationaux, dont les financements sont cruciaux.

6. Comment restaurer la crédibilité du projet ?

Pour que Potenti’elles Guinée retrouve son cap et réalise ses promesses, plusieurs mesures s’imposent :

  • Audits financiers réguliers et indépendants afin de garantir la transparence.
  • Revue des appels d’offres et mise en place de procédures strictes, ouvertes et traçables.
  • Exclusion des acteurs impliqués dans des pratiques douteuses, y compris au niveau de la coordination.
  • Implication directe des bénéficiaires (femmes entrepreneures) dans les comités de pilotage et de suivi.
  • Communication publique régulière sur l’utilisation des fonds et les résultats obtenus.
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7. Potentiel de transformation malgré les obstacles

Si les problèmes de gouvernance sont surmontés, le programme Potenti’elles Guinée peut devenir un modèle d’autonomisation féminine en Afrique de l’Ouest. Avec une meilleure gestion, il contribuerait à :

  • Renforcer la résilience économique des femmes en zone urbaine et rurale.
  • Accélérer la formalisation des entreprises féminines.
  • Réduire les inégalités structurelles et stimuler la croissance inclusive.

Conclusion

Le Programme Potenti’elles Guinée, sous l’égide de l’APIP-Guinée et financé par l’UE et l’AFD, incarne une initiative ambitieuse en faveur de l’entrepreneuriat féminin. Toutefois, son succès est aujourd’hui menacé par les controverses entourant son coordinateur Aboubacar Sidik Camara, accusé de corruption dans les appels d’offres, notamment concernant le recrutement d’un cabinet stratégique.

Pour que ce projet atteigne réellement ses objectifs, il est urgent de mettre en place des mécanismes de gouvernance transparente, d’impliquer les bénéficiaires et de restaurer la confiance des partenaires financiers et des femmes guinéennes.

Car au-delà des scandales, ce sont des milliers de femmes, et avec elles l’avenir socio-économique de la Guinée, qui dépendent du succès de Potenti’elles.

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